Perte de temps dans le trafic

Perdre 520 heures par année

Voilà un sujet délicat. Acheter une maison à Saint-Profond pour aller travailler dans les grandes villes, ou acheter une maison dans la grande ville pour se rapprocher du travail, ou carrément changer d’emploi pour travailler plus près de la maison?

Nous entendons souvent les mêmes arguments favorisant la tranquillité de la banlieue, pour s’éloigner du bruit et du crime de la grande ville. Que les maisons en banlieue sont beaucoup moins chères. Après un certain temps, ce discours des gens matériels est comme un vieux 33 tours qui sautent (pour ceux assez vieux pour comprendre cette expression).

L’argument économique ne tient souvent pas la route. Oui les maisons en ville sont plus dispendieuses au pied carré que les maisons en milieu rural. Ce point-là je te l’accorde. Mais si tu arrêtes ton calcul purement sur le ratio prix par pieds carrés, tu es complètement nul en économie. Fait le restant des calculs.

Supposons que tu traverses le pont matin et soir pour gagner un salaire de 40 000 $. Tu perds littéralement 2 heures par jour dans la congestion. C’est 10 heures par semaine et environ 520 heures par année, soit l’équivalent de 13 semaines de 40 heures. Avec ton taux horaire de 19.23 $/h, c’est 10 000 $ que tu gaspilles. Sans compter les heures générées par les accidents, conditions climatiques, manifestants, etc. (la plus récente étude du MTQ indique que la moyenne annuelle en congestion (et non en transport) à Montréal est de 40 heures, et ce chiffre grimpe chaque année). Il faut ajouter à ceci les pertes économiques de l’entreprise générée par les retardataires au travail, cela se chiffre en millions.

Ça te prend une auto pour traverser les ponts, ou te rendre au stationnement incitatif.  Il y a des frais plus élevés de transport en commun pour les gens de la banlieue, l’essence des véhicules, l’usure des véhicules, l’entretien, les plaques et assurances, etc. Il y a donc une économie aussi en moyens de transport pour les gens qui habitent près de leur travail. J’évite ici de parler de l’empreinte écologique des moyens de transport…

On crie souvent sur les toits que la qualité de vie est nettement plus grande en campagne qu’en ville. Ah! Oui? Depuis quand? Ceux qui habitent en ville, ont peu ou pas de gazon à couper, peu ou pas de feuilles à ramasser, peu ou pas d’asphalte à laver, une petite cour à déneiger, pas de piscine à entretenir, car ils utilisent la piscine communautaire ou les parcs d’eau. Sois réaliste, il y a à peine 4 belles semaines d’été au Québec! Les maisons étant plus petites, il y a aussi moins d’entretien ménager à faire. Les coûts de chauffage sont aussi plus bas (maisons en rangées, condos, etc.). Ce nettoyage et entretien, ça coûte des sous, non? Ah! C’est vrai, comme le reste des Québécois, ton temps n’est pas comptabilisé. Ton temps ne vaut pas de l’argent!

Il y a aussi les heures de sommeil que tu épargnes en travaillant plus près de ton domicile. La petite demi-heure de plus le matin fait toute une différence. Surtout quand on a des enfants! C’est ton corps et ta santé qui bénéficieront de ce repos tant mérité. Le niveau de stress sera aussi nettement moindre (le trafic c’est stressant). Tu économises donc en frais médicaux et la société aussi.

Le problème n’est pas un problème d’économie, comme je viens de le démontrer, c’est encore plus grave, c’est un problème social. On élève nos enfants en leurs lavant leurs cerveaux à propos de faux arguments sur la qualité de vie de la banlieue. Gare à ces démons qui vont vivre en ville! Les villes sont remplies de violence! Eh bien! Les meurtres, les accidents mortels, les tragédies, les feux, rien de cela n’existent dans les zones rurales?

En tant que population égoïste, nous nous concentrons trop sur le MOI JE. J’AI besoin de MA job en ville avec MON gros salaire, pour que JE puisse avoir MA grande maison et MA tranquillité. Mais qu’en est-il de la vie de TES enfants et du temps que TU ne passes pas avec EUX? Habituellement, quand on a des enfants, c’est pour passer du temps avec eux, et non les « domper »  520 heures de plus en garderie.

Bien sûr, j’habite la grande ville. Je n’ai jamais vu un banlieusard donner les arguments que je fais. Je déjeune presque tous les matins avec mes enfants. Je soupe presque tous les soirs en famille. C’est 1h30 que je passe avec eux au repas tous les jours, car je ne suis pas pris dans le transport à quelque part. J’ai déménagé à Montréal, car les emplois dans mon domaine sont tous au centre-ville. Je pratique au quotidien une de mes passions, et égoïste comme tout le monde, mon emploi est important. Cependant, mon épouse et moi avons décidé de vivre en ville avant d’avoir des enfants, car le temps passé en FAMILLE est PLUS  important que le temps passé dans  le transport. Aujourd’hui le cadran sonne à 6H15, avant c’était 5H00. Je suis à la maison entre 17H30 et 18H00, avant c’était après 19H00. Je me couche à des heures raisonnables, de plus, j’ai presque tous mes week-ends à dédier à la famille puisque les tâches ménagères sont quasi inexistantes.

Je ne travaille pas moins d’heures qu’avant, mais ma proximité du travail me permet de passer du temps avec les enfants. En fait, je construis des rêves et des souvenirs avec eux, car MOI j’ai 520 heures de plus chaque année. Et malgré tout, je me trouve parfois trop absent de leurs vies. Je n’ose même pas imaginer ce que serait ma vie si j’habitais mon palais dans le 450! Eh oui, le banlieusard, en moi, rêve parfois à la maison de la banlieue, mais la réalité familiale et la raison me ramènent souvent à l’ordre. Je peux même te confirmer que malgré la proximité des autoroutes, artères principales et grands centres commerciaux, notre cour arrière est généralement plus tranquille que la majorité des gens que je fréquente en région.

Les quartiers des grandes villes se sont développés avec des gens qui habitaient près de leurs lieux de travail. Ces quartiers étaient autrefois riches en culture, magasins, épiceries, loisirs, etc. Le travail et la vie étaient locales. L’étalement urbain a tué ces quartiers et les richesses qu’elles contenaient, car les gens continuaient de travailler aux mêmes endroits, mais ne vivaient plus localement.

Nous avons tous des choix à faire : accepter un moindre salaire et travailler proche de notre modeste maison pour passer 520 heures de plus en famille, ou bien accepter le plus grand salaire pour vivre dans une plus petite maison et passer 520 heures de plus en famille. Je conviens que certains d’entre vous n’ont pas le choix, mais plusieurs l’ont. Faites le bon choix!

Travailler localement c’est bénéfique pour tous.

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